Tout pour être heureuse
En vérité, rien ne serait arrivé si je n’avais pas changé de coiffeur.
Ma vie aurait continué, paisible, dans l’apparence du bonheur, si je n’avais pas été aussi impressionnée par l’allure folle qu’avait Stacy à son retour de vacances. Renouvelée ! De bourgeoise entre deux âges éreintée par ses quatre enfants, sa coupe courte la muait en belle blonde sportive et dynamique. Sur le moment, je l’ai soupçonnée d’avoir raccourci ses mèches pour détourner l’attention d’une opération esthétique réussie – ce que font toutes mes amies lorsqu’elles subissent un lifting –, or, une fois que j’eus vérifié que son visage n’avait subi aucun acte chirurgical, je convins qu’elle avait trouvé le coiffeur idéal.
— Idéal, ma chérie, idéal ! L’Atelier capillaire, rue Victor-Hugo. Oui, on m’en avait parlé mais, tu sais ce que c’est, il en va de nos coiffeurs comme de nos maris : nous sommes persuadées pendant plusieurs années de posséder le meilleur !
Retenant mes sarcasmes sur la vanité de l’enseigne, L’Atelier capillaire, je notai qu’il fallait demander de sa part David – « un génie, ma chérie, un véritable génie ».
Le soir même, je prévins Samuel de ma future métamorphose.
— Je pense que je vais changer de coiffure.
Surpris, il me considéra quelques secondes.
— Pourquoi ? Je te trouve très bien.
— Oh, toi, tu es toujours content, tu ne me critiques jamais.
— Reproche-moi d’être un inconditionnel… Qu’est-ce qui ne te plaît pas en toi ?
— Rien. J’ai envie de changer…
Il enregistra soigneusement ma déclaration comme si, au-delà de sa frivolité, elle révélait des pensées plus profondes ; ce regard scrutateur eut pour conséquence de me pousser à changer de conversation puis à quitter la pièce car je n’avais pas envie de m’offrir en terrain de recherche à sa perspicacité. Si la qualité principale de mon mari est bien l’extrême attention qu’il me porte, elle me pèse parfois : la moindre phrase que je prononce est fouillée, analysée, décryptée au point que, pour plaisanter, je confie souvent à mes amies que j’ai l’impression d’avoir épousé mon psychanalyste.
— Plains-toi ! me répondent-elles. Vous avez de l’argent, il est beau, il est intelligent, il t’aime et il écoute tout ce que tu dis ! Que voudrais-tu de plus ? Des enfants ?
— Non, pas encore.
— Alors, tu as tout pour être heureuse.
« Tout pour être heureuse ». Existe-t-il une formule que j’entends plus souvent ? Les gens l’emploient-ils couramment avec d’autres personnes ou me la réservent-ils ? Dès que je m’exprime avec un doigt de liberté, je reçois cette tournure dans la figure : « tout pour être heureuse ». J’ai l’impression qu’on me crie « tais-toi, tu n’as pas le droit de te plaindre » et qu’on me ferme la porte au nez. Pourtant je n’ai pas l’intention de me plaindre, j’essaie juste d’énoncer avec justesse – et humour – de menus sentiments d’inconfort… Peut-être est-ce dû à mon timbre, qui, semblable à celui de ma mère, a quelque chose d’humide, de geignard, et doit donner l’impression que je me lamente ? Ou bien mon statut de riche héritière bien mariée m’interdit-il l’étalage de la moindre pensée complexe en société ? Une ou deux fois j’ai craint que, malgré moi, le secret que je cache transpire sous mes phrases, mais la peur ne dura guère davantage qu’un frisson car je demeure certaine de me contrôler à la perfection. À part Samuel et moi – et quelques spécialistes muselés par la discrétion professionnelle –, le monde l’ignore.
Je me rendis donc à L’Atelier capillaire, rue Victor-Hugo, et là, il fallut vraiment que je me souvienne du miracle accompli sur Stacy pour supporter l’accueil qu’on m’infligea. Des prêtresses drapées de blouses blanches me harcelèrent de questions sur ma santé, mon alimentation, mes activités sportives et l’historique de mes cheveux afin de dresser mon « bilan capillaire » ; à la suite de quoi elles me laissèrent dix minutes sur des coussins indiens en compagnie d’une tisane aux herbes qui sentait la bouse de vache avant de m’introduire auprès de David qui m’annonça triomphalement qu’il allait s’occuper de moi comme s’il m’admettait dans une secte après ma réussite à un examen. Le pire fut que je me sentis contrainte de remercier.
Nous montâmes à l’étage où un superbe salon aux lignes simples et pures avait été aménagé dans le style « attention, je suis inspiré par la sagesse millénaire des Indes ». Là, une armée de vestales aux pieds nus offraient leurs soins : manucure, pédicure, massage.
David m’étudia avec attention tandis que j’observais sa chemise ouverte sur une poitrine velue en me demandant si c’était exigé pour devenir coiffeur. Il prit sa résolution :
— Je vais raccourcir les cheveux, légèrement foncer leur couleur aux racines, puis vous les plaquer sur le côté droit et les rendre volumineux sur le gauche. Une vraie dissymétrie. Vous en avez besoin. Sinon, votre visage tellement régulier va finir enfermé en prison. Il nous faut libérer votre fantaisie. De l’air, vite, de l’air. De l’inattendu.
Je souris en guise de réponse, pourtant si j’avais eu le courage d’être sincère, je l’aurais planté là. Je déteste toute personne qui vise juste, tout individu qui s’approche de mon secret au point de le soupçonner ; cependant, mieux valait négliger ce genre de remarque et me servir de ce figaro afin de me doter d’une apparence qui m’aiderait à le dissimuler davantage.
— En route pour l’aventure, déclarai-je pour l’encourager.
— Voulez-vous qu’on s’occupe de vos mains pendant ce temps ?
— Avec plaisir.
Et c’est là que le destin se déclencha. Il appela une certaine Nathalie qui rangeait des produits sur des étagères en verre. Or celle-ci, lorsqu’elle me vit, lâcha ce qu’elle tenait.
Un vacarme de flacons brisés troubla le sanctuaire du cuir chevelu. Nathalie bredouilla des excuses et se jeta au sol pour réparer les dégâts.
— Je ne savais pas que je lui faisais tant d’effet, plaisanta David pour banaliser l’incident.
J’approuvai de la tête, quoique pas dupe : j’avais senti la panique de cette Nathalie, un coup de vent sur ma joue. C’était bien ma vue qui l’avait effrayée. Pourquoi ? N’ayant pas le sentiment de la connaître – je suis assez physionomiste –, je cherchai néanmoins dans mes souvenirs.
Lorsqu’elle se releva, David lui dit d’une voix douce tendue par l’irritation :
— Bien, Nathalie, maintenant, madame et moi vous attendons.
Elle blêmit de nouveau en se tordant les mains.
— Je… je… je ne me sens pas bien, David.
David m’abandonna quelques instants et se retira au vestiaire avec elle. Quelques secondes plus tard, il revint vers moi, suivi d’une autre employée.
— Shakira va prendre soin de vous.
— Nathalie est malade ?
— Un truc de femme, je pense, affirma-t-il avec un mépris qui s’adressait à toutes les femmes et leurs humeurs incompréhensibles.
Se rendant compte qu’il avait exhalé un fumet de sa misogynie, il se reprit et déploya ensuite les charmes de sa conversation.
En sortant de L’Atelier capillaire, j’étais bien obligée de concéder que Stacy avait raison : ce David était un génie du ciseau et de la coloration. M’attardant devant chaque vitrine qui m’offrait mon reflet, j’apercevais une belle étrangère souriante qui me plaisait beaucoup.
Samuel eut le souffle coupé en me voyant apparaître dans le salon – il faut dire que j’avais retardé et soigné mon entrée. Non seulement il me complimenta sans me lâcher des yeux, mais il tint à m’emmener à la Maison blanche, mon restaurant préféré, afin qu’on constate quelle jolie femme il avait épousée.
Tant de joie avait éclipsé l’incident de la manucure paniquée. Mais je ne sus attendre d’avoir réellement besoin d’une nouvelle coupe pour retourner à L’Atelier capillaire, je décidai de profiter des autres soins qu’il procurait, et l’incident se reproduisit.
Par trois fois, Nathalie se décomposa en me voyant et s’arrangea pour ne pas m’approcher, éviter de me servir ou de me saluer, et se retrancher dans l’arrière-boutique.
Son attitude m’étonnait tant qu’elle finit par m’intéresser. Cette femme devait avoir quarante ans comme moi, une allure souple, une taille fine sur un bassin assez large, des bras maigres avec des mains longues et puissantes. La tête penchée, se mettant à genoux pour prodiguer ses soins, elle respirait l’humilité. Quoiqu’elle opérât dans un antre chic et branché, elle ne se prenait pas, à l’instar de ses collègues, pour une ministre du luxe mais avançait en servante dévouée, silencieuse, quasi esclave… Si elle ne m’avait pas fuie, je l’aurais même trouvée très sympathique. Ayant travaillé ma mémoire dans ses moindres recoins, j’étais certaine que nous ne nous étions jamais rencontrées et je ne pouvais non plus me suspecter de lui avoir causé le moindre échec professionnel puisqu’à la Fondation des beaux-arts contemporains que je préside, je ne m’occupe pas du recrutement.
En quelques séances, j’avais cerné sa peur : elle craignait surtout que je ne la remarque. Au fond, elle n’éprouvait ni haine ni rancœur envers moi ; elle souhaitait simplement devenir transparente dès que j’apparaissais. Je ne voyais donc plus qu’elle.
J’en vins à cette conclusion qu’elle cachait un secret. Experte en dissimulation, j’étais certaine de mon jugement.
C’est ainsi que je commis l’irréparable : je la suivis.
Installée derrière le store de la brasserie qui jouxtait L’Atelier capillaire, couverte d’un chapeau, le visage occulté par des grosses lunettes de soleil, je guettai le départ des employées. Ainsi que je m’y attendais, Nathalie salua rapidement ses collègues et descendit seule dans une bouche de métro.
Je m’y engouffrai derrière elle, heureuse d’avoir prévu la situation en me munissant de tickets.
Ni dans la rame ni lors du changement de ligne elle ne me remarqua tant je sus me montrer discrète – l’heure de pointe m’y aidait. Ballottée par les secousses des voitures, bousculée par les usagers, je trouvais la situation absurde et amusante ; jamais je n’avais suivi un homme, encore moins une femme, et mon cœur battait à se rompre comme lorsque, enfant, j’essayais un nouveau jeu.
Elle sortit place d’Italie et entra dans un centre commercial. Là, je redoutai plusieurs fois de la croiser car, habituée des lieux, elle achetait ce qui lui fallait pour le dîner avec rapidité, sans s’exclure de l’environnement comme dans les transports publics.
Enfin, ses sacs en main, elle emprunta les petites rues de la Butte-aux-Cailles, ce quartier populaire, jadis révolutionnaire, constitué de modestes maisons ouvrières ; il y a un siècle, de pauvres prolétaires s’y entassaient, délaissés, excentrés, repoussés aux confins de la capitale ; aujourd’hui, les nouveaux bourgeois les rachetaient à prix d’or pour se payer l’impression, vu la somme engagée, de posséder un hôtel particulier en plein cœur de Paris. Était-il possible qu’une simple employée habite là ?
Elle me rassura en dépassant les allées résidentielles et fleuries pour pénétrer dans la zone demeurée ouvrière. Des entrepôts. Des fabriques. Des terrains où s’entassaient des ferrailles. Elle franchit un vaste portail de planches délavées et s’engouffra, au fond d’une cour, dans une minuscule bicoque grise aux volets défraîchis.
Voilà. J’étais arrivée au bout de mon enquête. Si je m’étais bien amusée, je n’avais rien appris. Que pouvais-je tenter d’autre ? Je déchiffrai sur les sonnettes les six noms désignant les locataires de cette cour et de ses entrepôts. Aucun ne m’évoquait quoi que ce soit ; au passage, j’identifiai juste celui d’un cascadeur célèbre, et je me souvins alors d’avoir vu un reportage dévoilant ses tours qu’il préparait au milieu de cette cour.
Et alors ?
Je n’étais guère avancée. Bien que la filature m’ait amusée, elle ne m’avait rien apporté. J’ignorais toujours pourquoi cette femme paniquait en ma présence.
J’allais rebrousser chemin lorsque je vis quelque chose qui m’obligea à m’appuyer contre le mur pour ne pas tomber. Était-ce possible ? Ne devenais-je pas folle ?
Je fermai les yeux et les rouvris, comme pour effacer sur l’ardoise de mon cerveau l’illusion que mon imagination aurait voulu y inscrire. Je me penchai. Je regardai une deuxième fois la silhouette qui dévalait la rue.
Oui. C’était bien lui. Je venais de voir Samuel.
Samuel, mon mari, mais avec vingt ans de moins…
Le jeune homme descendait la pente avec nonchalance. Sur son dos, un cartable bourré de livres ne pesait pas plus lourd qu’un sac de sport. Dans ses oreilles, un walkman bourdonnait une musique qui imprimait un balancement souple à sa démarche.
Il passa devant moi, m’adressa un sourire poli, traversa la cour puis pénétra dans la demeure de Nathalie.
Je mis plusieurs minutes avant de pouvoir bouger. Mon cerveau avait tout de suite compris quoiqu’une partie de moi résistât et refusât. Ce qui ne m’aidait pas à admettre la réalité, c’est que, lorsque l’adolescent était passé près de moi, avec sa peau blanche et lisse, ses cheveux abondants, ses longues jambes au pas voyou et chaloupé, j’avais ressenti un puissant désir pour lui, comme si je tombais brutalement amoureuse. J’avais eu envie de saisir sa tête entre mes mains et de manger ses lèvres. Que m’arrivait-il ? D’ordinaire, je n’étais pas ainsi… D’ordinaire, j’étais le contraire de ça…
Rencontrer par surprise le fils de mon mari, son sosie exact avec vingt ans de moins, provoquait une exaltation amoureuse en moi. Alors que j’aurais d’abord dû éprouver de la jalousie envers cette femme, j’avais voulu me jeter dans les bras de son fils.
Décidément, je ne faisais rien normalement.
C’est sans doute pourquoi cette histoire avait dû se produire…
Je mis des heures à retrouver mon chemin. En fait, j’ai dû marcher à l’aveuglette, sans conscience, jusqu’à ce que, la nuit tombée, une station de taxis me rappelât qu’il fallait que je rentre. Fort heureusement, Samuel était retenu par un congrès ce soir-là : je n’eus ni à lui fournir d’explications ni la possibilité de lui en demander.
Les jours suivants, je cachai ma prostration en prétextant une migraine qui affola Samuel. Je le regardais prendre soin de moi avec un œil nouveau : savait-il que je savais ? Sûrement pas. S’il avait une double vie, comment parvenait-il à se montrer aussi dévoué ?
Soucieux de mon état, il allégea ses horaires de travail pour revenir chaque jour déjeuner avec moi. Quiconque n’aurait pas vu ce que j’avais vu n’aurait pu soupçonner mon mari. Il se comportait d’une manière parfaite. S’il jouait la comédie, c’était le plus grand comédien du monde. Sa tendresse semblait réelle ; il ne pouvait simuler l’anxiété qu’il transpirait ni mimer le soulagement qu’il ressentait dès que je m’inventais un progrès.
J’en vins à douter. Non pas d’avoir vu son fils, mais que Samuel fréquentât encore cette femme. Était-il même au courant ? Savait-il qu’elle lui avait donné un fils ? Peut-être n’était-ce qu’une vieille liaison, une amourette d’avant, peut-être cette Nathalie, déçue à l’annonce de son mariage avec moi, lui avait-elle caché qu’elle était enceinte et avait gardé le garçon pour elle. Quel âge avait-il ? Dix-huit ans… C’était donc juste avant notre coup de foudre… Je finis par me convaincre qu’il s’agissait de cela. La délaissée lui avait fait un enfant dans le dos. C’était sans doute la raison de sa peur en m’apercevant ; le remords lui était tombé dessus. D’ailleurs, elle n’avait pas franchement l’air d’une mauvaise femme, plutôt d’une femme rongée par la mélancolie.
Après une semaine de prétendus maux de tête, je décidai d’aller mieux. Je nous délivrai, Samuel et moi, de nos inquiétudes et le suppliai de rattraper son retard de travail ; contre quoi, il me fit jurer de l’appeler au moindre souci.
Je ne restai guère plus d’une heure à la Fondation, juste le temps de vérifier qu’elle fonctionnait parfaitement sans moi. Sans prévenir personne, je plongeai dans le ventre de Paris et empruntai le métro pour la place d’Italie, comme si ce lieu étrange et menaçant ne pouvait être joint que par ce moyen souterrain.
Sans plan véritable, sans stratégie préétablie, il fallait que je corrobore mon hypothèse. Je retrouvai assez facilement la rue sans chic où habitaient ce garçon et sa mère et m’assis sur le premier banc qui me permettait de garder un œil sur le portail.
Qu’espérais-je ? Aborder les voisins. Bavarder avec les habitants. Me renseigner d’une façon ou d’une autre.
Après deux heures d’attente vaine, j’eus envie de cigarette. Curieux pour une femme qui ne fume pas ? Oui. Ça m’amusait. Au fond, je n’accomplissais que des actes inhabituels depuis quelque temps, suivre une inconnue, prendre les transports en commun, découvrir le passé de mon époux, attendre sur un banc, acheter des cigarettes. Je me mis en quête, donc, d’un bureau de tabac.
Quelle marque choisir ? Je n’avais aucune expérience des cigarettes.
— La même chose, dis-je au buraliste qui venait de servir une habituée du quartier.
Il me tendit un paquet, s’attendant à ce que je lui allonge la somme exacte en bonne droguée rompue au prix de ses plaisirs. Je tendis un billet qui me paraissait suffisant, contre quoi, en maugréant, il me rendit d’autres billets et beaucoup de pièces.
En me retournant, je tombai sur lui.
Samuel.
Enfin, Samuel en jeune. Le fils de Samuel.
Il rit de ma surprise.
— Excusez-moi, je vous ai effrayée.
— Non, c’est moi qui suis abrutie. Je n’avais pas senti qu’il y avait quelqu’un derrière moi.
Il s’effaça pour me laisser passer et s’acheta des pastilles à la menthe. Aussi aimable et bien élevé que son père, ne pus-je m’empêcher de penser. Je ressentais une immense sympathie envers lui ; davantage même, quelque chose d’indicible… Comme si, enivrée par son odeur, sa proximité animale, je ne pouvais me résoudre à le voir s’éloigner.
Le rejoignant dans la rue, je l’interpellai :
— Monsieur, monsieur, excusez-moi…
Interloqué d’être appelé monsieur par une dame plus âgée que lui – quel âge me donnait-il ? –, il s’assura par un coup d’œil circulaire que je m’adressais bien à lui et m’attendit sur le trottoir d’en face.
J’improvisai un mensonge.
— Excusez-moi de vous déranger, je suis journaliste et je réalise une enquête sur la jeunesse actuelle. Serait-ce abuser de votre temps que de vous poser quelques questions ?
— Comment ça ? Là, ici ?
— Plutôt autour d’un verre, dans le café où vous m’avez fait peur.
Il sourit, attiré par l’idée.
— Quel journal ?
— Le Monde.
Une approbation des cils marqua qu’il était flatté de collaborer avec un journal prestigieux.
— Je veux bien. Cependant je ne sais pas si je suis représentatif des jeunes d’aujourd’hui. Souvent je me sens tellement décalé.
— Je ne vous veux pas représentatif des jeunes d’aujourd’hui mais représentatif de vous.
Ma phrase le convainquit et il me suivit.
Autour de deux cafés, la conversation s’engagea.
— Vous ne prenez pas de notes ?
— J’en prendrai quand je n’aurai plus de mémoire.
Il me décerna un regard laudateur, ne soupçonnant rien de mes bluffs successifs.
— Quel âge avez-vous ?
— Quinze ans !
Immédiatement, mon hypothèse principale prit un coup dans l’aile. Il y avait quinze ans, Samuel et moi étions mariés depuis deux ans…
J’invoquai un manque de sucre pour m’agiter, me lever, marcher pendant quelques secondes puis me rasseoir.
— Qu’attendez-vous de la vie ?
— J’adore le cinéma. J’aimerais devenir metteur en scène.
— Quels sont vos réalisateurs préférés ?
Lancé sur le sujet qui le passionnait, le jeune homme devint intarissable, ce qui me laissa le temps de réfléchir à ma question suivante.
— Cette passion du cinéma vous vient-elle de votre famille ?
Il éclata de rire.
— Non. Sûrement pas.
Il semblait subitement fier d’avoir des goûts qu’il s’était inculqués, pas des goûts hérités.
— Votre mère ?
— Ma mère, elle est plutôt du genre feuilleton télé, vous voyez, les grosses daubes qui durent plusieurs semaines avec secrets de famille, enfants illégitimes, crimes passionnels et compagnie…
— Quelle profession exerce-t-elle ?
— Des petits boulots. Longtemps elle s’est occupée de vieilles personnes à domicile. Maintenant elle travaille dans un institut de beauté.
— Et votre père ?
Il se referma.
— Ça fait partie de votre enquête ?
— Je ne veux pas vous forcer à commettre la moindre indiscrétion. Soyez rassuré, vous n’apparaîtrez que sous un faux nom et je ne dirai rien qui permette de vous reconnaître, vous ou vos parents.
— Ah oui, génial !
— Ce qui m’intéresse, c’est le rapport que vous avez avec le monde adulte, votre façon de le percevoir, d’y situer votre avenir. Pour cette raison, les relations que vous entretenez avec votre père sont révélatrices. À moins qu’il ne soit mort, et dans ce cas, excusez-moi.
Soudain, je fus traversée par l’idée que cette Nathalie avait peut-être fait croire au décès de Samuel pour justifier son absence. Je tremblais d’avoir heurté ce pauvre garçon.
— Non, il n’est pas mort.
— Ah… Parti ?
Il hésita. Je souffrais autant que lui de ce dilemme.
— Non, je le vois souvent… Pour des raisons privées, il n’aime pas qu’on parle de lui.
— Comment s’appelle-t-il ?
— Samuel.
J’étais anéantie. Je ne savais plus enchaîner ni demeurer dans mon rôle. J’alléguai une nouvelle envie de sucre pour me lever jusqu’au zinc et revenir. Vite ! Vite ! Improviser quelque chose !
Lorsque je me rassis, c’est lui qui avait changé. Décontracté, il souriait avec l’envie de s’épancher.
— Finalement, puisque vous mettrez des faux noms, je peux tout vous raconter.
— Bien sûr, fis-je en essayant de ne pas trembler.
Il se repoussa sur la banquette pour se caler à son aise.
— Mon père est un type extraordinaire. Il ne vit pas avec nous bien qu’il soit très amoureux de ma mère depuis seize ans.
— Pourquoi ?
— Parce qu’il est marié.
— Il a d’autres enfants ?
— Non.
— Alors pourquoi ne quitte-t-il pas sa femme ?
— Parce qu’elle est folle.
— Pardon ?
— Complètement dérangée. Elle se tuerait immédiatement. Voire pire. Capable de tout. Je crois qu’il a en même temps peur et pitié d’elle. Pour compenser, il est adorable avec nous et il a réussi à nous convaincre, maman, mes sœurs et moi, qu’on ne pouvait vivre autrement.
— Ah ? Vous avez des sœurs ?
— Oui. Deux petites sœurs. Dix et douze ans. Bien que le garçon continuât, je ne parvenais plus à entendre un mot tant ma tête bourdonnait. Je ne saisis rien de ce qu’il racontait – qui aurait dû m’intéresser au plus haut point – car je butais sans cesse sur ce que je venais d’apprendre : Samuel avait fondé un second foyer, une famille complète, et restait avec moi sous prétexte que j’étais déséquilibrée.
Arrivai-je à justifier mon départ précipité ? Je ne sais. En tout cas j’appelai un taxi et, sitôt protégée par les vitres de la voiture, je me laissai aller à une crise de larmes.
Aucune période ne fut pire que les semaines suivantes.
J’avais perdu mes repères.
Samuel m’apparaissait un étranger total. Ce que je croyais savoir de lui, l’estime que j’éprouvais pour lui, la confiance sur laquelle était fondé mon amour, tout cela s’était évanoui : il menait une double vie, il aimait une autre femme dans un autre quartier de Paris, une femme dont il avait trois enfants.
Les enfants, surtout, me torturaient. Car, là, je ne pouvais pas lutter. Une femme, c’était une rivale avec qui je pouvais entrer en compétition, quoique sur certains points… mais les enfants…
Je pleurais des journées entières sans pouvoir le dissimuler à Samuel. Après avoir tenté de dialoguer avec moi, il me supplia de retourner voir mon psychiatre.
— Mon psychiatre ? Pourquoi mon psychiatre ?
— Parce que tu l’as fréquenté.
— Pourquoi insinues-tu que c’est le mien ? Il a été inventé pour me soigner, moi et moi seule ?
— Pardon. J’ai dit « ton psychiatre » alors que j’aurais dû dire « notre psychiatre » puisque nous sommes allés chez lui pendant des années.
— Oui ! Pour ce que ça a servi.
— Ça a été très utile, Isabelle, ça nous a permis de nous accepter tels que nous étions et de vivre notre destin. Je vais prendre rendez-vous pour toi.
— Pourquoi veux-tu que j’aille voir un psychiatre, je ne suis pas folle, hurlai-je.
— Non, tu n’es pas folle. Cependant, quand on a mal aux dents, on va chez le dentiste ; quand on a mal à l’âme, on va chez le psychiatre. Maintenant, tu vas me faire confiance car je ne veux pas te laisser dans cet état-là.
— Pourquoi ? Tu comptes me quitter ?
— Qu’est-ce que tu racontes ? Je t’affirme à l’inverse que je ne veux pas te laisser ainsi !
— « Me laisser ». Tu as dit « me laisser » ?
— Tu es vraiment à bout de nerfs, Isabelle. Et moi, j’ai l’impression que je t’agace plus que je ne te calme.
— Ça, au moins, c’est bien vu !
— As-tu quelque chose contre moi ? Dis-le. Dis-le qu’on en finisse.
— « Qu’on en finisse » ! Tu vois, tu veux me quitter…
Il me prit dans ses bras et, malgré mes gesticulations, m’immobilisa tendrement contre lui.
— Je t’aime, tu m’entends, et je ne veux pas te quitter. Si je l’avais voulu, je l’aurais fait il y a très longtemps. Quand…
— Je sais. Inutile d’en parler.
— Cela nous ferait du bien d’en parler, de temps en temps.
— Non. Inutile. Tabou. On n’entre pas. Personne ne passe. Fini.
Il soupira.
Contre sa poitrine, contre ses épaules, bercée par son timbre chaud, je parvenais à me calmer. Dès qu’il me faussait compagnie, je recommençais à gamberger. Samuel restait-il avec moi pour ma fortune ? N’importe qui, de l’extérieur, aurait répondu par l’affirmative car il n’était que simple conseiller éditorial dans un grand groupe tandis que j’avais hérité de plusieurs millions et d’un parc immobilier ; or j’avais appris l’attitude scrupuleuse de Samuel par rapport à mon capital : s’il avait continué à travailler après notre mariage, c’était pour ne pas dépendre de moi et pouvoir m’offrir des cadeaux avec son « propre argent » ; il avait décliné mes tentatives de donation et tenu à ce que nous nous mariions sous un contrat qui excluait la communauté de biens. Le contraire d’un époux avide et intéressé. Pourquoi demeurait-il en couple avec moi s’il avait femme et enfants autre part ? Peut-être n’aimait-il pas assez cette femme pour partager sa vie ? Oui, peut-être… Il n’osait pas le lui dire… Elle avait l’air si banale… il arguait de moi pour éviter de se coller avec une manucure… Au fond, il préférait ma compagnie… Mais ses enfants ? Je connaissais Samuel : comment pouvait-il résister à l’envie et au devoir de vivre avec ses enfants ? Il fallait un motif puissant pour l’en empêcher… Lequel ? Moi ? Moi qui ne pouvais pas lui en procurer… Ou alors la lâcheté ? Une lâcheté constitutive ? Cette lâcheté que mes amies jugent la caractéristique principale des hommes… En fin d’après-midi, n’arrivant à me fixer sur aucune idée, je finissais par conclure que son jeune fils avait raison : je devais avoir sombré dans la démence.
Mon état empirait. Et celui de Samuel. Par une sorte d’étrange empathie, des cernes alourdissaient ses yeux fourbus, l’appréhension tirait ses traits et je l’entendais souffler lorsqu’il montait les escaliers de notre hôtel particulier pour me rejoindre dans ma chambre dont je ne sortais plus.
Il me demandait d’être franche, de lui expliquer ma douleur. Naturellement, cela aurait été la meilleure chose, je m’y refusais pourtant. Depuis l’enfance, je pratique une sorte de don à l’envers : j’évite toujours la bonne solution. Nul doute que si je lui avais parlé ou lui avais demandé de parler, nous aurions évité la catastrophe…
Braquée, dure, blessée, je me taisais et le dévisageais en ennemie. Quel que fût l’angle sous lequel je songeais à lui, je le percevais comme un traître : quand ce n’était pas moi qu’il bafouait, c’était sa maîtresse ou ses enfants. Tenait-il à trop de choses ou ne tenait-il à rien ? Avais-je devant moi un indécis ou l’homme le plus cynique de la Terre ? Qui était-il ?
Je m’épuisais dans ces soupçons. Égarée, ne songeant plus à manger ou à boire, je m’affaiblis tant qu’on m’administra plusieurs piqûres de vitamines et qu’on finit par m’hydrater sous perfusion.
Samuel n’avait guère l’air plus vaillant. Or, il refusait de s’intéresser à lui ; c’est moi qui étais souffrante. Jouissant de son inquiétude ainsi qu’une vieille maîtresse ronge son dernier os d’amour, je n’aurais pas eu l’idée de dépasser mon égoïsme et d’exiger qu’on prenne soin de lui.
Sans doute envoyé par Samuel, le Dr Feldenheim, mon ancien psychiatre, vint me rendre visite.
Quoique j’eusse très envie de lui livrer mes pensées, je parvins à résister pendant trois séances.
À la quatrième, fatiguée de tourner autour du pot, je lui racontai ma découverte : la maîtresse, les enfants, le foyer clandestin.
— Enfin, nous y voilà, conclut-il. Il était temps que vous me crachiez le morceau.
— Ah oui ? Vous croyez ? Ça nourrit votre curiosité, docteur. Pour moi, ça ne change rien.
— Ma chère Isabelle, au risque de vous surprendre et surtout d’être radié de ma profession, je vais briser la réserve à laquelle je suis tenu : je suis au courant depuis plusieurs années.
— Pardon ?
— Depuis la naissance de Florian.
— Florian ? Qui est Florian ?
— Le jeune homme que vous avez interrogé, le fils de Samuel.
À l’entendre évoquer familièrement ceux qui détruisaient mon couple et mon bonheur, je sentis la colère monter.
— C’est Samuel qui vous a informé ?
— Oui. À la naissance de son fils. Je crois que c’était un secret bien trop lourd pour lui.
— Le monstre !
— N’allez pas trop vite, Isabelle. Avez-vous mesuré à quel point la vie présente des situations difficiles à Samuel ?
— Vous plaisantez ? Il a tout pour être heureux.
— Isabelle, pas avec moi. N’oubliez pas que, moi, je suis au courant. Je n’ignore pas que vous êtes atteinte de cette maladie rare…
— Taisez-vous.
— Non. Se taire apporte plus de problèmes que de solutions.
— De toute façon, personne ne sait ce que c’est.
— L’impuissance féminine ? Samuel, lui, le sait. Il a épousé une femme belle, drôle, séduisante, qu’il adore, et jamais il n’est arrivé à faire l’amour avec elle. Jamais il n’est entré en elle. Jamais il n’a pu jouir en même temps qu’elle. Votre corps lui reste fermé, Isabelle, malgré les innombrables tentatives, malgré les thérapies. Songez-vous à la frustration que cela crée chez lui de temps en temps ?
— De temps en temps ? Tout le temps, figurez-vous ! Tout le temps ! Pourtant, j’ai beau me haïr, m’en vouloir, ça ne change rien. Parfois, je préférerais qu’il m’ait abandonnée dès que nous l’avons découvert, il y a dix-sept ans !
— Pourtant, il est resté. Savez-vous pourquoi ?
— Oui. Pour mes millions !
— Isabelle, pas avec moi.
— Parce que je suis folle !
— Isabelle, s’il vous plaît : pas avec moi. Pourquoi ?
— Par pitié.
— Non. Parce qu’il vous aime.
Un épais silence intérieur m’envahit. Je venais d’être recouverte d’une couche de neige.
— Oui, il vous aime. Quoique Samuel demeure un homme comme les autres, un homme naturel qui a besoin de pénétrer dans la chair d’une femme et d’avoir des enfants, il vous aime et continue à vous aimer. Il n’est pas parvenu à vous quitter. Il ne le souhaite pas, du reste. Votre mariage l’a conduit à vivre en saint. Cela justifie qu’il ait eu envie de tenter quelques expériences en dehors. Un jour, il a rencontré cette femme, Nathalie ; il a pensé qu’en ayant une liaison avec elle, puis un enfant, il aurait l’envie, la force de s’éloigner. En vain. Il s’est vu contraint d’imposer à sa nouvelle famille la distance, l’absence. Sans doute les enfants ne connaissent-ils pas la vérité, mais Nathalie, elle, la connaît et l’accepte. Du coup, rien n’est simple pour Samuel depuis seize ans. Il s’épuise au travail afin d’apporter de l’argent dans ses deux foyers, pour vous des cadeaux, pour eux de quoi vivre ; il s’exténue à se rendre disponible et attentif des deux côtés ; il ne s’occupe guère de lui, seulement de vous, seulement des autres. Ajoutez à cela qu’il est rongé par la culpabilité. À vivre loin de Nathalie, de son fils, de ses filles, il s’en veut ; à vous mentir depuis si longtemps, il s’en veut aussi.
— Eh bien, qu’il fasse son choix ! Qu’il tranche ! Qu’il les rejoigne ! Ce n’est pas moi qui m’y opposerai.
— Isabelle, il ne pourra jamais.
— Et pourquoi ?
— Il vous aime.
— Samuel ?
— D’une manière dévorante, d’une manière passionnée, d’une manière incompréhensible, indestructible, il vous aime.
— Samuel…
— Plus que tout…
Le Dr Feldenheim se leva et se retira sur ses mots.
Pleine d’une douceur nouvelle, je ne me battais plus contre moi-même ou contre un Samuel étranger. Il m’aimait. Il m’aimait tant qu’il m’avait caché sa double vie et l’avait imposée à une femme pourtant capable, elle, de lui ouvrir son corps et de lui donner des enfants. Samuel…
Je l’attendis avec ravissement. J’avais hâte de saisir sa tête dans mes mains, de poser un baiser sur son front et de le remercier pour son amour indéfectible. J’allais lui proclamer le mien, mon vilain amour à moi, capable de doute, de fureur, de jalousie, mon horrible amour si sale qui venait de s’épurer soudainement. Il allait apprendre que je le comprenais, qu’il ne devait rien me cacher, que je souhaitais attribuer une partie de ma fortune à sa famille. Si c’était la sienne, c’était la mienne aussi. J’allais lui montrer que je pouvais passer au-dessus des convenances bourgeoises. Comme lui. Par amour.
À sept heures, Stacy fit un saut pour demander de mes nouvelles. Elle fut rassurée de me trouver souriante, apaisée.
— Je suis contente de te voir ainsi, après des semaines de sanglots. Tu es métamorphosée.
— Ce n’est pas L’Atelier capillaire, dis-je en riant, c’est parce que j’ai réalisé que j’avais épousé un garçon merveilleux.
— Samuel ? Quelle femme n’en voudrait pas ?
— J’ai de la chance, non ?
— Toi ? C’en est même indécent. Pour moi, il devient parfois ardu de rester ton amie : tu as tout pour être heureuse.
Stacy prit congé à huit heures. Résolue à en finir avec l’apathie, je descendis à l’office pour aider la cuisinière à préparer le dîner.
À neuf heures, Samuel n’arrivant pas, je décidai de ne pas m’inquiéter.
À dix heures, j’étais à bout de nerfs. J’avais déjà laissé vingt messages sur le téléphone portable de Samuel qui enregistrait les mots sans y répondre.
À onze heures, l’anxiété me dévorait tant que je m’habillai, sortis ma voiture et, sans réfléchir davantage, pris la direction de la place d’Italie.
À la Butte-aux-Cailles, je trouvai le portail grand ouvert et je vis des gens aller et venir autour de la bicoque grise.
Je me précipitai, passai la porte ouverte, parcourus le hall, avançai vers la lumière et découvris Nathalie prostrée sur un fauteuil, entourée par ses enfants et des voisins.
— Où est Samuel ? demandai-je.
Nathalie releva la tête, me reconnut. Une ombre de panique traversa ses yeux noirs.
— Je vous en supplie, répétai-je, où est Samuel ?
— Il est mort. Tout à l’heure. À six heures. Une crise cardiaque en jouant au tennis avec Florian.
Pourquoi n’ai-je jamais pu avoir une réaction normale ? Au lieu de m’effondrer, de sangloter, de hurler, je me tournai vers Florian, relevai le garçon en larmes et le serrai fort contre moi afin de le consoler.